Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/234

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Est-il le soc ? est-il lé blé ?
Oh ! ces vents que rien ne fait taire !
Que font-ils de nous sur la terre,
Tous ces souffles prodigieux ?
Quel mystère en nous se consomme ?
Qu’apportent-ils de l’ombre à l’homme ?
Qu’emportent-ils de l’homme aux cieux ?

Énigme ! Où je dis : pourriture ;
Le vautour vient et dit : festin !
Qu’est-ce que c’est que la nature ?
Qu’est-ce que c’est que le destin ?
Marchons-nous dans des routes sûres ?
Dépend-il des forces obscures
De tordre là-bas mon chemin ?
Peux-tu, sort fatal qui nous pousses,
Dans l’ombre, à force de secousses,
Changer la forme de demain ?

Toutes ces lois qu’un faux jour perce,
Vie et sort, textes décevants
Dont le sens confus se disperse
Dans l’âpre dispute des vents,
Ce monde où chaque élément jette
Son mot à l’âme qui végète,
Cette nature aux fatals noeuds,
Ce destin hagard qui nous brise,
N’est-ce qu’une sombre méprise,
Malentendu vertigineux !

L’ancre est un poids qui rompt le-câble.
Tout est promis, rien n’est tenu.
Serait-ce donc que l’implacable
Est un des noms de l’inconnu ?
Quel est donc ce maître farouche
Qui pour la toile fait la mouche,