Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/233

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Ô profondeurs épouvantables,
Qu’est-ce donc que vous me voulez ?
Que dois-je lire sur vos tables,
Cieux, temples, porches étoilés ?
Ta rougeur de naphte et de soufre ;
Ta clarté qui m’aveugle, ô gouffre,
Est-ce la vérité qui luit ?
Le vent souffle-t-il sur mon doute
Quand, -penché sur l’ombre, j’écouté
Ce que dit ce crieur de nuit ? -

Par moments, dressé sur ma couche,
Sombre, et peut-être blasphémant,
Je suis prêt à crier, farouche :
Allons ! laisse-moi, firmament !
Par moments, je suis prêt à dire :
Vous dont je sens l’or dans ma lyre,
Le flamboiement dans mon courroux,
L’air dans mes strophes hérissées,
Et les rayons dans mes pensées,.
Astres, de quoi vous mêlez-vous ? ,

En vain j’essaie et je m’élance.
Le gouffre effare le flambeau.
Rien dans le. ciel que le silence,
Rien que l’ombre dans le tombeau !

Oh ! de quelle fosse entr’ouverte,
Sentons-nous le souffle, herbe verte ?
Quels chevaux entend-on hennir ?
Quel fantôme erre en nos décombres ?
Quels yeux voit-on par tes, trous sombres,
Masque. effrayant de l’avenir ?

La vie et la mort ! qu’est-ce, abîme ?
Où va l’homme pâle et troublé ?
Est-il l’autel, bu la victime ?