Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/252

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Prends-tu l’humanité pour la cause finale ?
Crois-tu que cette sombre aïeule virginale,
Toute jeune et portant les siècles sur son front,
Qui fait tomber l’encens des fleurs, les fruits du tronc,
Des feuilles la fraîcheur, de l’écorce la gomme,
La nature sacrée est servante chez l’homme,
Qu’elle l’adore, prend ses ordres, suit ses pas,
Fait les quatre saisons pour ses quatre repas,
Et n’a pour fonction, toute à ce maître étrange,
Que de bercer le lit de cette âme qui mange,
De ce coeur compliqué d’un ventre, et le hamac
De cet esprit sublime orné d’un estomac,
Qui suce et boit du sang en rêvant des doctrines,
Et qui s’emplit à l’auge et se vide aux latrines ?
Crois-tu que l’ache verte en poussant ait pour but
De préserver ta bouche et tes dents du scorbut ?
Crois-tu que la montagne, où Dieu laissa ses traces,
N’a d’autre utilité que d’être, quand tu chasses,
L’écho des voix ; des cris, des cors et des abois ?
Crois-tu que lé, croissant, lampe oblique des bois,
Qui lorsque le bandit sent le sbire à ses trousses,
Se cache à point derrière un tas de branches rousses,
Egarant la patrouille avec le caporal,
Soit du rôdeur de nuit le complice moral ?
Crois-tu que l’aquilon soit le garçon de salle
Qui vient te balayer l’azur quand il est sale ?
Que l’eau pense à l’usine en courant au ravin ?
Penses-tu que ce soit pour te sucrer ton vin