Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/264

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Attirant tout à lui sans connaître les formes ;
Toutes les forces sont des aveugles énormes ;
L’absolu, c’est le fait immobile et total ;
L’absolu ne sait pas, nains, votre piédestal,
Larves, vos visions, vos bruits, marionnettes,
Votre fourmillement d’yeux, d’esprits, de lunettes,
Votre oscillation, votre onde, votre flot ;
Il ne sait pas si c’est cinq minutes qu’il faut
A la lumière, au fond des obscurités bleues,
Pour franchir trente-cinq millions de vos lieues,
Et venir du soleil, braise de l’infini,
A la terre, affreux globe, impur, lépreux, banni,
Roulant dans votre amas d’ombres inférieures,
Ô vivants, et si c’est quinze jours et seize heures
Qu’il faut à l’escargot pour faire un mille anglais.
Le gnomon dont l’ombre erre au front de vos palais,
L’horloge, de vos jours ténébreuse sourdine,
Qui, dans votre néant, stupide, se dandine,
L’aiguille du cadran, lourd cheval hébété,
Qui tourne, puisant l’heure au puits éternité,
Et qui la vide en bruit sur vos têtes fragiles,
Vos éclairs, vos longueurs, vos bronzes, vos argiles,
Le rythme de vos voix et l’écart de vos pas,
Vos espaces, vos temps, il ne les connaît pas !

Si le plaisir qui dure agonise en souffrance ;
Si le nom de Shakspeare, allant de Londre en France,
A mis cent cinquante. ans à-passer le détroit ;
Si l’équateur a chaud et si le pôle a froid ;
Si quelque Alizuber, lieutenant du prophète,
Traversant les combats comme une sombre fête,
N’en est jamais sorti, sanglant, poudreux, fumant,
Sans recueillir, le soir, sur son noir vêtement,
Cette poussière afin de la mettre. en sa tombe ;
Si le Crédit foncier vaut -mieux que le Grand’Combe ;
Si Louis, dit le grand, en Flandre a réussi
Par le conseil d’Harcourt ou l’avis de Torcy ;