Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/280

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LXVII Le calcul, c’est l’abîme.


Le calcul, c’est l’abîme. Ah’ ! tu sors de ta sphère,
Eh bien, tu seras seùl. Homme, tâche de faire
Entrer dans l’infini quelque être que ce soit
De ceux que ta main touche et que ton regard voit ;
Nul ne le peut. La vie expire en perdant terre.
Chaque être a son milieu ; hors du bois la panthère
Meurt, et l’on voit tomber, sans essor, sans éclair,
Hors du feu l’étincelle et l’oiseau hors de l’air ;
Nulle forme ne vit loin du réel traînée ;
La vision terrestre à la terre est bornée ;
Le nuage lui-même, errant, volant, planant,
Allant d’un continent à l’autre continent,
S’il voyait l’absolu, serait pris de vertige ;
Sortir de l’horizon n’est permis qu’au prodige ;
L’homme le peut, étant le monstre en qui s’unit
Le miasme du nadir au rayon du zénith.
Entre donc dans l’abstrait, dans l’obscur, dans l’énorme ;
Renonce à la couleur et renonce à la forme ;
Soit ; mais pour soulever le voile, le linceul,
La robe de la pâle Isis, te voilà seul.
Tout est noir : C’est en vain que ta voix crie et nomme.
La nature, ce chien qui, fidèle, suit l’homme,
S’est arrêtée au seuil du gouffre avec effroi.
Regarde. La science exacte est devant toi,
Nue et blême et terrible, et disant : qu’oh remporte
L’aube et la vie ! ayant l’obscurité pour porte,
Pour signes, l’alphabet mystérieux qu’écrit
Son doigt blanc hors du jour dans l’ombre de l’esprit,