Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/284

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Ô science ! absolu qui proscrit l’inouï !
L’exact pris pour le vrai ! la plus grande méprise
De l’homme, atome en qui l’immensité se brise ;
Et qui croit, dans sa main que le néant conduit,
Tenir de la clarté quand il tient de la nuit !

Ô. néant ! de là vient que le penseur -promène
Souvent son désespoir sur la science humaine,

Et que ce cri funèbre est parfois entendu :
-Savants, puisque votre oeuvre est un effort perdu,
Puisque, même avec vous, nul chercheur ne pénètre
Dans le problème unique, et n’arrive à connaître ;
Que, même en vous suivant dans tant d’obscurité,
Hélas ! on ne sait rien de la réalité,
Rien du sort, rien de l’aube ou de l’ombre éternelle,
Rien du gouffre où l’espoir ouvre en tremblant son aile ;
Puisqu’il faut qu’après vous encor nous discutions ;
Puisque vous ne pouvez répondre aux questions :
Le monde a-t-il un Dieu ? la vie a-t-elle une âme ?
Puisque la même nuit qui nous tient, vous réclame,
Pourquoi votre science et votre vanité ?
A quoi bon de calculs ronger l’immensité,
Et creuser l’impossible, et faire, ô songeurs sombres,
Ramper sur l’infini la vermine des. nombres ? -

N’importe ! si jamais l’homme s’est approché
De la mystérieusé et fatale Psyché,
Si jamais, lui poussière, il a fait un abîme,
C’est ici. La science est le vide sublime.

Dans ce firmament gris qu’on nomme abstraction,
Gouffre dont l’hypothèse est le vague alcyon,
Tout est l’indéfini, tout est l’insaisissable.
Le calcul, sablier dont le chiffre est le sable,