Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/286

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Et la science entière apparaît comme un ciel
Lugubre, sans matière et pourtant sans réel,
N’acceptant point l’azur et rejetant la terre,
Ayant pour clef le fait, le nombre pour mystère ;
L’algèbre y luit ainsi qu’une sombre. Vénus.;
Et de ces absolus et de ces inconnus,:
De ces obscurités terribles, de ces-vides,
Les logarithmes sont les pléiades livides ;
Et Franklin pâle y jette une clarté d’éclair,
Et la comète y passe, et se nomme Kepler.
Il est deux nuits, deux puits d’aveuglement, deux tables
D’obscurité, sans fin, sans forme, épouvantables,
L’algèbre, nuit de l’homme, et le ciel, nuit de Dieu ;
Les siècles s’useraient à compter, hors du lieu,
De l’espace, du temps, de ton monde et du nôtre,
Les astres dans une ombre et les chiffres dans l’autre !

Mathématiques ! chute au fond du vrai tombeau
Où descend l’idéal qui rejette le beau !
Abstrait ! cher-aux songeurs comme l’étoile, aux guèbres !
Mur de bronze et de brume ! ô fresque des ténèbres
Sur la nuit ! torsion de l’idée en dehors
Des êtres, des aspects, des rayons et des corps !
Création rampant sur la chose en décombres !
O chapelle Sixtine effrayante des nombres
Où ces damnés, perdus dans le labeur quils font,
S’écroulent à jamais dans le calcul sans fond !
Précipice inouï, quel est ton Michel-Ange ?
Quel penseur, quel rêveur, quel-créateur étrange,
Quel mage, a mis ce gouffre au fond le plus hagard
De la pensée humaine et mortelle, én regard
De-l’autre gouffre, vie et monde, qu’on devine
Au fond de la pensée éternelle et divine !