Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/336

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XXX Quand ce charmant petit poète gracieux


Quand ce charmant petit poète gracieux
Qui se perd dans les fleurs ne pouvant fuir aux cieux,
S'en vient étourdiment t'attaquer, ô génie,
Et, moqueur, se hasarde en ton ombre infinie,
Tu ne t'émeus point: Dante aperçoit peu Gresset.
L'espèce de bruit faible et confus qu'il faisait
Le premier jour qu'il vint t'insulter, géant triste,
N'est pas pour toi de ceux qui prouvent qu'on existe,
Et tu n'as pas même eu le vague mouvement
D'un colosse distrait de son rêve un moment.
Tu laisses cela vivre et bourdonner. Le gîte
De l'écureuil, pour peu qu'un vent souffle, s'agite,
Non l'antre du lion; et, sans chercher d'abri,
L'aigle reçoit le coup de bec du colibri.
Tu laisses fuir cette aile inutile et dorée.
Depuis quand l'astre est-il troublé dans l'empyrée
Parce qu'un follet saute et danse au fond des bois;
Depuis quand, le tonnerre énorme dont la voix
Émeut le mont qui tremble et la mer qui chancelle,
Allume-t-il l'éclair pour punir l'étincelle?

XXXI Oui, le Génie a ses athées.