Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/42

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XV LE PASSAGE DES ÊTRES SOMBRES

Les démons, dont-le chant ressémble à des huées,
Volent dans le tumulte horrible des nuées,
Et jettent, en fuyant à travers l'infini,
Des cris d'amour au mal, surpris d'être béni.
-Chaleur, feu,, clarté, vie, enfantez les désastres!
Nature aux triples.seins, sous ton vêtement d'astres,
Sois bonne mère, et fais deux plis à ton manteau;
Mets un agneau dans l'un, dans l'autre un, louveteau.
Sanglier, deviens porc dans l'herbe où tu te vautres..
Malheurs, engéndrez-vous sans fin les uns les autres.
O bouches des fureùrs et des rugissements,
0 lionne, ô panthère, appelez vos amants!
Boas, vautours, requins, crocodiles, vipères,
Monstres, accomplissez au fond de vos repaires
L'auguste loi de croître et de multiplier.
Verdoie, et remplis-toi d'ombre, ô mancenillier,
Ours, renards, caïmans,. scorpions! ô famille
Du meurtre, du chaos et du néant, fourmille!
Vers de terre, oyez plus nombreux que les fleurs.
Ricanez dans les bois sacrés, merles siffleurs.
Voici le mois de mai, mésanges, tourterelles,
Ramiers, accouplez-vous dans les nids chauds et frêles,
Et, dans le bercement des. arbres murmurants,
Faites avec amour des petits pour les grands.
O prêtres, cachez Dieu. Cachez le soleil, bibles.
Masques, soyez charmants sur des faces horribles.