Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/81

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Moquée et vile, horrible à tout être vivant,
Sortir deux ailes d'ange immenses, que le vent
Gonflera dans les cieux comme il gonfle des voiles,
Et qui se déploieront toutes pleines d'étoiles!
Oui, Lise, écoute-moi. Nous autres nous voyons
L'ange à travers le monstre, et je vois tes rayons!
Du songe où ta laideur rampe, se cache et pleure,
Oui, de ce songe affreux que tu fais à cette heure,
Tu t'éveilleras belle au-delà de tes voeux!
Tu flotteras, voilée avec tes longs cheveux
Et dans la nudité célèste de la tombe,
Et tu resteras femme en devenant colombe.
Tu percevras, dans l'ombre et dans l'immensité,
Un sombre hymne d'amour montant vers ta beauté;
Les hommes à leur tour te paraîtront difformes;
Tu verras sur leurs dos leurs fautes, poids énormes;
Les fleurs éclaireront ton corps divin et beau,
Car leur parfum devient clarté dans le tombeau;
Les astres t'offriront leur rose épanouie.
Tu prendras pour miroir, de toi-même éblouie,
Ce grand ciel qui te semble aujourd'hui plein de deuil;
Ailée et frissonnante au bord de ton cercueil,
Comme l'oiseau qui tremble au penchant des ravines,
Tu sentiras frémir dans les brises divines
Ton corps fait de splendeur; ton sein blanc, ton front pur,
Et tu t'envoleras dans le profond azur!

8 mars 1854. ==