Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XII.djvu/80

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Elle prend un miroir, s'y regarde, le jette avec horreur, souffle
son flambeau, et tombe à genoux auprès de son lit.
Oh! je suis monstrueuse et les autres sont belles!
Cette bosse! ô mon Dieu!...

Elle cache son visage dans ses mains et laisse tomber sa tête sur le lit.
Elle s'endort.

UNE VOIX
C'est là que sont tes ailes!
La chambre s'emplit d'une lumière vague. -Elle dort toujours.
Au fond une forme ailée apparaît dans un nimbe de rayons.

Écoute-moi. Je suis ton fiancé des cieux.
Tu portes sur ton dos le sac mystérieux,
Tu portes sur ton dos l'oeuf divin de la tombe;
Sous ce poids bienheureux ton corps chancelle et tombe,
Et le regard humain a cette infirmité
De voir dans ta splendeur une difformité.
Ta gloire dans le ciel est ton fardeau sur terre.
Tu pleures. Mais pour nous, les voyants du mystère,
Qui savons ce que Dieu met dans l'humanité,
De ton épaule sombre il sort une clarté.
Etre qui fais pitié même aux prostituées,
O femme en proie au rire, à l'affront, aux huées,
Sur qui semble à jamais s'être accroupi Smarra,
A ta mort ton épaule informe s'ouvrira,
Car la chair s'ouvre alors pour laisser passer l'âme,
O femme, et l'on verra de cette bosse infâme,