Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/172

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-Ah çà mais! quelle idée as-tu, capricieuse,
De vouloir qu'à cette heure où, sous la verte yeuse,
L'herbe s'offre à nos pas dans le bois attiédi,
Je te parle d'Eylau, d'Essling et de Lodi!
Parlons de notre amour et non de la bataille.
Oui, nos aïeux régnaient par la guerre, et leur taille
Était haute, et mon père était un des géants;
Et nous, s'il faut demain braver les flots béants,
Et subir les cieux noirs après les jours prospères,
Nous, les fils, nous ferons comme faisaient nos pères;
Nous combattrons comme eux, dût-on être engloutis,
Avec un coeur égal et des bras plus petits;
Et le monde entendra notre clairon sonore;
Mais aujourd'hui je t'aime et tu m'aimes; l'aurore
Emplit les champs, emplit les cieux, emplit nos coeurs;
Les moineaux aisément sont d'Horace moqueurs
Lorsqu'il a près de lui Barine émue et rose
Et qu'il passe son temps à parler d'autre chose.

Vais-je donc étonner ces prés,ces bois, ces eaux,
Par un homme ayant moins d'esprit que les oiseaux?
C'est pour le jeune amour que les, forêts sont faites.
Belle, ne me rends pas ridicule aux fauvettes.
Sois clémente, et comprends qu'en de si charmants lieux
C'est plutôt aux enfants qu'on pense qu'aux aïeux.
Veux-tu fâcher les fleurs par nos façons moroses?
Veux-tu nous mettre mal avec toutes ces roses?
Si j'ai dit que je suis discret; je te trompais.
Belle, ici, tout est joie, accord, silence, paix;