Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/197

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Quand elle s'enfermait avec son confesseur,
Je me la figurais penchant sur le calvaire
Ses mains jointes, ses yeux vierges, son front sévère,
Son profil chaste, fait pour Greuze ou pour Lancret.
Un beau jour, par un trou de serrure indiscret,
Au lieu du Golgotha je contemplai l'Olympe;
Moi qui n'eusse du doigt osé. toucher sa guimpe,
Je la vis toute nue aux bras de son abbé.
Marie était Vénus, Agnès était Hébé.
Ceci me mit en fuite, et j'en fus longtemps blême.

Pourtant j'avais toujours dans l'esprit ce problème:
Trouver un coeur qui fût le compagnon du mien.
Je me fis voyageur, chercheur, bohémien,
Nomade, et j'explorai les mers, les flots, les îles.

Un jour je débarquai dans un pays sans villes,
Sans hommes presque, un lieu charmant; et j'eus l'émoi,
Comme j'étais rêveur, que soudain vînt à moi,
Dans l'état de nature, une femme inconnue.
Je m'écriai, voyant qu'elle était toute nue:.
Ah! celle-ci du moins avoue! -Et, très flatté:
De quel puits sortez-vous, lui dis-je, ô Vérité?
Elle vint, puis s'enfuit, puis. revint, et Végèce.
Eût moins bien manoeuvré que cette sauvagesse,
Si bien qu'à la façon dont elle m'aborda,
Je vis qu'Otaïti ressemblait à Bréda.
Je la civilisai. Mais, ciel bleu! que de choses
Il fallut lui donner! jupons blancs, chapeaux roses,
Robes, manteaux, satins, velours, bijoux de prix!
La sauvage, au rebours des femmes de Paris,
Commence toute nue et finit fort vêtue.
L'homme fait la poupée et Dieu fit la statue;
Toute la femme tient dans ces quelques mots-là.
La chair sert de prétexte à notre falbala.
L'île était un éden tiède et toujours en fête;
J'étais Adam, mon Eve était belle et bien faite;