Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/233

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XXI QUAI DE LA FERRAILLE


CHŒUR DES RACOLEURS

Nous sommes les sergents recruteurs. Pour la gloire,
Pour l’empire, pour être illustre dans l’histoire,
Il faut des meurtriers au roi ; nous en cherchons.
Pour faire nos drapeaux noùs prenons des torchons ;
Pour faire des héros nous prenons des canailles.
Nous.rions en ouvrant dans l’ombré nos tenailles ;
Qui se fie au sourire est pincé par l’étau.
Le froid, la faim, la soif, sônt des coups de marteau
Qui donnent une forme obscure-aux misérables ;
Mais pourvu qu’il leur reste un œil fier,. de bons râbles,
Des vices, de la rage et des instincts fougueux,
Ils sont notre gibier ; nous épluchons les gueux ;
Nous trions les gredins ; nous passons à nos cribles
Toutes sortes de gens sauvages et terribles ;
Les méchants sont les bons ; les sanglants sont les beaux.
Ils deviendront vautours, ayant — été corbeaux.
A nous tout ce qui traîne ! à nous tout-ce qui passe !
Sa Majesté nous dit : Sergents, faites main basse.
Elle nous livre en bloc le tas des mendiants ;
Nous lui rendons des Cids et des Esplandians.
Nous avons carte blanche et pleins pouvoirs pour faire
L’armée horrible ainsi que le roi la préfère ; —
Nous enrôlons des loups, des ours, des juifs de choix
Et de bons allemands qui pattent les pourchois ;