Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/235

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Babet devant Fanfan sent une humble rougeur ;
Les belles ont le goût des héros, et le mufle
Hagard d’un scélérat superbe sous le buffle
Fait bâiller tendrement l’hiatus des fichus ;
Quand passe un tourbillon de drôles moustachus,
Hurlant, criant, affreux, éclatants, orgiaques,
Un doux soupir émeut les seins élégiaques.
Quels beaux hommes ! housard ou pandour, le sabreur
Effroyable, traînant après lui tant d’horreur
Qu’il ferait reculer presque la sombre Hécate,
Charme la plus timide et la plus délicate.
Rose, qui ne voudrait toucher qu’avec son gant
Un honnête homme, prend la griffe d’un brigand,
Et la baise ; telle est la femme. Elle décerne
Avec emportement son âme à la caserne ;
Elle garde aux bourgeois son petit air bougon.
Toujours la sensitive adora le dragon.
Sur ce, battez, tambours ! Ce qui plaît à la bouche
De la blonde aux doux Yeux, c’est le baiser farouche ;
La femme se fait faire avec joie un enfant
Par l’homme qui tua, sinistre et triomphant ;
Et c’est la volupté de toutes ces colombes
D’ouvrir leurs lits à ceux qui font ouvrir des tombes.

31 mars 1870.