Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/330

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Plus pressés que l'averse en un ciel pluvieux,
Viendront, et je verrai cela, moi qui suis. vieux!

Vous riez. N'est-ce pas que l'heure est mal choisie,
Rois, pour tant d'espérance et tant de frénésie,
Quand on vide nos sacs d'écus, quand nous avons
Le même sort qu'ont eu jadis les esclavons,
Quand tout notre sang fuit par notre veine ouverte,
Quand vos fusils joyeux ont tous leur branche verte,
Quand tout est gloire, orgueil, force! -Eh bien, vous verrez.
Soit. Les songes ne sont pas encor dédorés
Mais, princes, cette chose étrange, la justice;
Existe; et, quel que soit le château qu'on bâtisse,
Fût-il de marbre, il est d'argile, et son ciment
Périra, s'il n'a pas le droit pour fondement;
Son mur est vain s'il n'est gardé que par le nombre,
Et sa porte de bronze est faite avec de l'ombre.
Vos peuples sont déjà repentants de vous voir
Tant d'ivresse, un tel sceptre aux mains, tant de pouvoir;
Ils vous ont couronnés, ne sachant pas qu'un Louvre
Abrite la rapine et le vol, dès qu'on l'ouvre;
Ils frémissent de voir que vous avez tout pris.
C'est de leur flanc que l'arbre immense du mépris
Sortira comme un chêne horrible sort de terre.

Vous croyez, tout-puissants stupides, qu'on fait taire
L'éternelle clameur des hommes opprimés!
Vous pesez sur les gonds de la nuit, vous fermez
La porte. par où doit venir la grande aurore!
Vous tentez d'étouffer l'aube-auguste et sonore!:
 
Ah! vous vous attaquez au sinistre avenir!
Il vient ressusciter, sauver, aimer, punir!
Tremblez! vous violez la rive inabordable.
Savez-vous les secrets de la nuit formidable?