Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/348

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Qui laisse distinguer aux pauvres l'espérance,
Tant que le va-mi-pieds se croira citoyen,
Je suis de votre avis, bourgeois, aucun moyen
De dormir en repos, et nul coin de navire
Où l'on puisse être seul sauvé quand tout chavire.
Quoi! pas un prêtre, pas un juge, pas un roi,
Qui, tandis que frémit le livre de la loi,
S'il regarde la nuit le ciel noir, ne se sente
Troublé par la lueur du zénith grandissante!
Ceci, c'est. l'utopie, et ceci, le calcul,
Ceci, c'est le progrès sans terme et sans recul,
Voici le beau, le vrai, l'idéal qui prend. forme,
Et le juste, et voici la conscience énorme!
Qui donc pourrait, parmi les enfants de Japhet,
Conjurer le mystère inquiétant qui fait
Que nous voyons tomber dans l'ombre pêle-mêle
Tant de gouttes de lait de l'immense mamelle?
O terreur! tout s'éclaire! il est temps d'en-finir.
Qui sauvera le monde en péril d'avenir ?
Caïn pleure, Judas gémit, Phalaris souffre.
Oh! qu'il serait urgent d'arrêter net le'gouffre
En pleine éruption de lumière; et la paix,
Le progrès, s'évadant des nuages épais,
La science, et, montant là-haut vers le solstice,
L'âme, et cette blancheur céleste, la justice;
Et comme on ferait bien de mettre à la raison
Les astres se levant en foulé à l'horizon!

25 août 1872. H. H.