Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/350

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Où donc en serions-nous si l'on s'expliquait l'homme
Qui tel jour a livré Paris ou trahi Rome!
Discuter, c'est déjà l'absoudre vaguement.
Quoi! vous alléguerez ceci, cela, comment
Il se fait qu'on devient ce misérable étrange!
Quoi! vous m'expliquerez le pourquoi de la fange!
Vous me ferez toucher du doigt que ce soldat,
Ayant le fier devoir de mourir pour mandat,
A pu vendre le peuple et la France et l'armée,
Qu'il a pu devenir, souillant sa renommée,
Transfuge, sans nausée et sans rébellion,
Et qu'un renard était dans la peau du lion!
Vous aurez pour ces faits, dont l'effroi me pénètre,
Des prétextes, qui sait? et des motifs peut-être!
Non! je n'ai pas l'humeur d'écouter vos discours
Quand notre vieil honneur m'appelle à son secours,
Quand le malheur public sous ma fenêtre passe.
Quand l'abject trahisseur vient me demander grâce,
Je suis d'airain, je suis sourd, aveugle et muet;
J'aurais horreur de moi si mon coeur remuait.

Il ne me convient pas, sachez-le, de comprendre
Qu'un homme, ayant l'épée en main, ait pu la rendre;
Je ne veux pas savoir si ce gueux se méprit;
Il ne me convient pas de mettre en mon esprit
L'itinéraire affreux que suit le parricide;
Je ne veux pas qu'un grave écrivain m'élucide,
Avec faits à l'appui, groupés et variés,
Le cerveau de Clouet, le coeur de Dumouriez.
Ma strophe est l'euménide et je poursuis Oreste.
Meurtrier, c'est assez. Ce mot dit tout. Le reste
Est inutile et peut être nuisible. Il faut
Que Juvénal arrive et dresse l'échafaud,
Et qu'Eschyle, dieu noir, justicier olympique,
Frappe le traître avec le plat du glaive épique!
Lorsqu'un fourbe exécré du peuple qu'il perdit,
Un marchand de patrie et d'honneur, un bandit,