Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIII.djvu/46

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XXI J'ai mené parfois dure vie,


J'ai mené parfois dure vie,
Proscrit, errant de lieux en lieux,
Triste et jétant un oeil d'envie
Au sépulcre mystérieux.

J'ai fait à pied de longues routes;
Marchant la nuit, craignant les voix,
Plus rempli d'ombres et de doutes
Que la bête fauve des bois.
 
Ô vaincus des luttes civiles,
Malheur à vous! rien ne vous sert.
J'ai le soir traversé des villes
Comme on traverse le désert.
Seul, comptant mon chétif pécule,
Loin de tous mes amis absents,
Je regardais, au crépuscule,
Aller et venir les passants.

L'eau des chemins mouillait mes guêtres.
Las, je tombais sur de vieux bancs.
Je regardais par les fenêtres
La gaîté des âtres flambants.
J'entendais rire sous le chaume
Les paysans à leur repas;
Un étranger est un fantôme;
Les murs ne le connaissent pas.