Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/112

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Reparaît, et revient sur les cimes éclore,
Leurs grands fantômes sont mêlés à cette aurore.
Mourir, c’est vaincre. Un mort brille, éclaire et conduit.

Dans les temps ténébreux où tout s’écroule et fuit,
Quand un assassin fait balbutier l’histoire,
Quand le crime finit par avoir de la gloire,
Et qu’il ôte son masque inutile à garder,
Estimant que sa honte est bonne à regarder ;
Quand, lâche, et subissant cette infâme bravade,
La conscience, ainsi qu’un voleur qui s’évade,
Retient son souffle, rampe et tremble ; quand les fronts
N’ont presque plus de forme à cause des affronts,
Il est bon de sentir dans l’ombre la présence
De la mystérieuse et sévère innocence
Qui vit dans les tombeaux et que les morts ont seuls,
Et de voir dans la nuit la blancheur des linceuls.
Ce qu’on appelle une ombre est une âme rentrée
Dans. l’azur, mais restée au fond de l’empyrée,
Et qui parle à voix ’basse au peuple humilié.

Ah ! les morts sont présents ! L’absent, c’est l’oublié.
L’absent, c’est le proscrit.

Que fait donc la patrie ?
Se dit-il. Un bandit la tient, elle est flétrie,
Elle est vendue, elle est esclave, sans appui,
Sans gloire ; et l’on entend quelqu’un rire, c’est lui,
Et c’est elle.

Eh bien, soit. On est proscrit, on pense,
On saigne, avec l’oubli railleur pour récompense ;
Tout est bien. Voulait-on autre chose ? En avant !
Vers quoi ? vers le tombeau, vers la nuit, vers le vent,
Vers l’orage et l’écueil. Pourquoi pas ? Rome ! Auguste
Sort d’Octave, et le vrai devient faux, et l’injuste
En perspective avec le juste se confond ;