Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/143

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Les déclamations ne prouvent rien ; soyons Impartiaux ; cette ombre est-elle sans rayons ? Vous passez votre à dire que l’on souffre Partout, et que partout on pleure, et qu’en un gouffre On gémit, comme un tas d’affamés sur l’écueil, Et vous criez : Tout est misère et tout est deuil Tout est misère et deuil ? Quelle erreur- est la vôtre ! Ah çà, vous ne voyez qu’un côté ! Voyez l’autre.

Jouissance et splendeur. Doit-on, en vérité, Montrer l’adversité sans’ la prospérité ? Ce contrepoids ôté fausse votre balance. Oui la détresse là, mais ici l’opulencé. Soyons justes. Voyez. Plaisirs, bals, volupté, Luxe, et l’hiver le Louvre, et Compiègne l’été : Oui, faites approcher vos vers les plus féroces : Oseront-ils nier ces palais, ces carrosses, Ces festins ? Est-ce là de la misère enfin ? Est-ce qu’en cette fête éternelle on a faim ? En ’ne montrant jamais que l’indigence, on triche. Vous étalez le pauvre, eh ’bien, voyons ce riche. Qu’en dites-vous ? Parlez. Est-il assez complet ? Il a ce qu’il convoite, il fait ce qui lui plaît. Ses désirs sont noyés dans le faste lyrique. Ah ! je voudrais bien voir que- votre rhétorique Contestât cette aisance auguste, et s’escrimât A prouver que ce luxe est d’un mince format, Que cette argenterie est reprochable, et manque Du poids qui la ferait recevoir à la banque, Que ces, cochers ne sont point gras, que ces jockeys Montent, mal galonnés, des chevaux peu coquets, Et que ces millions, ruisselant sur ces tables En ivresses sans fin, ne sont pas véritables ?