Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/319

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Je resterais plus froid qu’Abeilard, le vrai sage,
Lors même que Brahma viendrait dans son nuage
M’apporter sur un lit en acajou tout neuf
Berthe aux grands pieds avec Junon aux yeux de boeuf !
Je suis Platon au lieu d’être un drôle robuste.
Je tourne au marbre blanc et je deviens un buste.
C’est beau, mais assommant ; c’est fort original,
Mais très fastidieux. Nodier à l’Arsenal
M’eût juché sur un cippe entre deux bôuquins jaunes.
Que Suzon dans les prés dorme à l’ombre des aulnes,
Qu’Anna, qui ravirait un faune au pied fourchu,
Fasse en penchant la tête entr’ouvrir son fichu,
Je n’en profite pas. Je reste comme un terme.
Avril ne me fait pas frissonner l’épiderme.
A la barbe du mois de mai, je suis un sot.
Lise offre le duel, mais j’évite l’assaut.
Le soir, sur mon grabat, en bâillant comme une huître,
Je m’étends sans daigner regarder par ma vitre
Si Vénus monte au ciel et Gretchen dans son lit.