Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/320

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


XX Charle, il faut quitter


Charle, il faut quitter l’ode et descendre à l’épître ;
On passe en vieillissant du trépied au pupitre ;
Le feuillet sibyllin s’envole, et dans la main,
O misère, vous laisse un blême parchemin
Que la strophe, sirène, ondine, muse, almée,
Egratigne en fuyant de sa griffe palmée.
On s’accoude à son poéle au lieu d’aller rêver
Dans les champs et guetter la lune à son lever ;
Les bons alexandrins vous viennent, mais sans prismes,
Sans aile, et refusant, de peur de rhumatismes,
De se mouiller les pieds dans l’herbe et dans le thym ;
Et l’on n’est plus celui qui va de grand matin,
Pâle, faire sa cour à l’Aurore, et s’occupe
A regarder trembler les astres. sur sa jupe.
On. s’alourdit ;, le ventre est votre souverain.
On préfère un turbot, une truite du Rhin,
Une bonne poularde accommodée en daube,
Un vin vieux, à l’oeillade enivrante de l’aube.
On murmure tout bas : jadis, quand nous aimions...
D’autres sont les Pâris et les Endymions
A qui viennent s’offrir, sous la sombre liane,
La Minerve sacrée et la grande Diane:
On ne dit plus : ma lyre ; on dit : mon encrier.
On n’entend plus au bois la bacchante crier.
Votre oreille a présent jamais ne se régale
De ce que le grillon raconte à la cigale