Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/363

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Babel est tout au fond du paysage horrible.

Si l’épouvante était une chose visible,
Elle ressemblerait à ce faîte inouï.
Sommet démesuré dans le ciel enfoui !
Ce n’est pas une tour, c’est le monstre édifice.
Sans pouvoir l’éclairer, le jour sur elle glisse.
Des ouvertures d’ombre engouffrent dans ses flancs
Tous les vents de l’espace orageux et sifflants ;
Il en sort on ne sait quelles sombres huées.
Sa spirale difforme et mêlée aux nuées
Peut-être y recommence et peut-être y finit.
L’ouragan a rongé ses porches de granit;
Son mur est crevassé du haut en bas ; la brèche
Est comme un trou que fait dans la terre une bêche ;
Ses rampes ont des blocs de roches pour pavés;
Sur ses escarpements lugubres sont gravés
Des maques, des trépieds, des gnomons, des clepsydres ;
Ses antres, assez grands pour contenir des hydres,
Semblent de loin la fente où se cache l’aspic ;
Sur les reliefs brumeux de ses parois à pic
Des forêts ont poussé comme des touffes d’herbes ;
Ses faisceaux d’arcs rompus sont pareils à des gerbes ;
La pierre a la pâleur sinistre du linceul.

Babel voulait monter jusqu’au zénith ; Dieu seul