Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/407

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



L’Inconnu, ce quelqu’un qu’on distingue dans l’ombre,
Prend les poètes, joue avec leur âme sombre,
Emplit leurs yeux profonds de la lueur des soirs,
Et donne à, deviner à ces OEdipes noirs
Le bien, le mal, l’enfer, Dieu, l’amour, les désastres ;
Ce mystérieux sphinx, dont les yeux sont deux astres,
Mêle l’immense énigme au clavier de leurs vers,
Les ouvre ou les referme ou les laisse entr’ouverts,
Et pose en souriant ses griffes contractiles
Sur le spondée auguste et sur les frais dactyles,
De sorte qu’on les sent pleins d’un charme hideux ;
Et, voyant le problème horrible trop près d’eux,
Craignant d’être emportés sur de trop rudes faîtes,
Les poètes ont peur de devenir prophètes.