Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/43

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Sous toute autorité, juste ou non ; sainte ou vile,
Tu te courbes, timide et sentant ta maigreur ;
Pour toi, pauvre et chétif, dans le sergent de ville
Commence l’empereur.

Portant le joug âirisi qu’une bête dé ’somme,
Lorsqu’on se bat, qu’on voit l’émeute se ruer,
Tu dis : Je suis trop vieux. C’estbon pour un jeune homme
De se faire tuer.

Jour et nuit ton marteau résonne sur l’empeigne.
Dès le matin tu ris’ ; rire est.ton seul trésor ;
L’aube à tes cheveux gris,’ que’ n’approche aucun peigne,
Mêle ses rayons d’or :

Entouré de. tessons, de loques, de décombres,
Laissant pendre à vingt clous sous ton plafond obscur
Un tas d’affreux souliers’ éculés dont les ombres
Dansent sur ton vieux mur,

Jasant, grâce au ’ vin bleu, comme un moineau prolixe,
Trop petit pour sentir le despote ou le roi,
Sans voir Brutus rêveur, noir fantôme à l’œil fixe,
Qui rôde autour de toi,

Vieux bohême chanteur sans veste et sans cravate,
Tu brandis, en criant : Venez voir mon bazar !
Ton tirepoint qui. peut, recoudre une savate
Ou défaire un césar.

15 novembre. Jersey.