Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/439

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée



Trônait, encadré d’or, au milieu du salon ;
C’était Louis, portant l’auréole qu’agrafe
Au front de tout césar tout historiographe,
Peint à l’âge, où prenant l’ennui pour compagnon,
Le grand roi, devenu Monsieur de Maintenon
Gagnant de la perruque et perdant du panache,
Étant encor soleil, était déjà ganache.

Toute la salle avait gardé ce dernier pli,
Lugubre et froid, que fait en s’en allant l’oubli ;
La cheminée était comme un tas de décombres ;
On ne sait quelle horreur sortait des fauteuils sombres
Où des spectres semblaient avoir passé la nuit.
Au fond de ce silence on entendait un bruit
Faible comme le pas des larves sur les cendres:
Des médaillons de dieux, d’Hercliles, d’Alexandres,
Luisaient parmi des sphinx étrangement groupés ;
Sculptée au dossier d’or des. larges canapés,
Cléopâtre montrait dans leur rondeur princière
Deux seins que modelait vaguement la poussière ;
Et sur la devanture informe des bàhuts
Tityrus devisait avec Meliboéus.

J’eus peur, et je sentis comme une sombre lutte ;
Car ces vieilles splendeurs étonnent dans leur chute,
Les figures de l’ombre ont de sinistres yeux,
La ruine est terrible, et les mornes aïeux
Semblent jeter des cris avec leurs pâles bouches
Dans le délabrement de leurs luxes farouches.

CXII NOS AMUSEMENTS