Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/67

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


XXV UN PRÉSIDENT


UN PRÉSIDENT


Est-ce ma faute à moi s’il s’appelle Brunet ?

Brunet jadis était un pître. Il rayonnait
Au-dessus des humains à force de bêtise.
Il broutait des couplets comme un bouc le,cytise.
Son camarade était Janot aux bas chinés
Lorgnant un papillon qui tremblait sur son nez.
Ce Brunet-là charmait les foules inquiètes
Rien qu’en laissant tomber une pile d’assiettes ;
Son rire absurde était un baume à tous les maux ;
Il avait de gros yeux et disait de gros mots.
Peut-être était-ce un homme. Il avait- la bassesse
Pour triomphe, et l’affront d’être content sans cesse.
Il fascinait la ville, enchantait les faubourgs,
Frappait sur les lazzi comme sur des tambours,
Et se jetait parmi les rires tête-bêche.
Un éblouissement sortait de ce bobèche.
C’était, sous les clartés du manteau d’arlequin,
Le spectre de la joie en culotte nankin.
Il était le bouffon du peuple ; il était l’hôte
De Tabarin, Molière etant l’hôte de Plaute ;