Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/71

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Est-ce mon siècle, ou bien le vent ? J’ai le frisson.

Du haut de mon rocher, derrière l’horizon,
J’entends confusément. des brouhahas hostiles ;
Et j’écoute ; et, moi-même en butte aux projectiles,
J’examine, rêveur, les insulteurs lointains.

Dans mes vers sur lesquels ont soufflé les destins
J’ai tort de me servir de ce grand mot : la Haine.
Peuple, la calomnie est aujourd’hui sereine.
Et bonne fille ; -on a de nos jours inventé
La diffamation sanglante avec gaîté,
Une espèce de meurtre amusant pour les autres,
L’affront pour rire ; hélas, oui, ces mœurs sont les vôtres,
Et je médite.

On sait qu’on ment, on en convient,
On en joue ; on ne veut qu’un succès, on l’obtient :
Être deux ou trois jours cru par les imbéciles.
L’exil ; l’ombre, le deuil ne sont plus des. asiles ; °
On lapide le crêpe au chapeau d’un proscrit.
Que Jésus soit Jésus, bon ! S’il devient lè Christ,
On le hue. Ah ! faquin ! tu veux être exemplaire !
On ajoute des clous à sa croix, sans colère :
La colère fatigue, on n’en a pas. Pourquoi ?
Faut-il que le menteur dans son mensonge ait foi ?