Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/92

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Pour qu’on marche, et trop bas pour qu’on s’y tienne droit.
Le captif est là, seul, sous les nœuds qu’on lui forge,
Sous le poing de la nuit qui lui serre la gorge,
Et l’insomnie, en pleurs brûle ses yeux sanglants.
Cela remplace un peu le réchaud de Vouglans,
Le chevalet, l’étau de bronze, la rapière
Lardant le patient sur la tablé de pierre,
Et le bouc qui léchait un homme enduit de miel.
Là, sans point d’apptii, loin des hommes, loin du ciel,
Sentant la voix du juge ainsi qu’une piqûre,
Pendant que chaque jour grossit sa charge obscure,
Le prisonnier se dit : Je ne sais où je vais !

Personne assurément ne peut trouver mauvais
Qu’ayant besoin de faire avouer cette femme,
On l’enterrât vivante en cette crypte infâme.
C’est juste. On s’arrangea de façon qu’elle fût
Sans jour, sans air, avec le geôlier à l’affût,
Guettant ses pleurs, ses cris, sa faim, sa soif, ses rêves ;
L’affreux tourment qui n’a ni relâches ni trêves,
L’étouffement, pesait sur elle. Ne pouvoir
Respirer, et râler dans l’ombre, et ne rien voir !
Ne pas dormir ! Toujours dans l’immonde cellule
Quelque fourmillement effroyable pullule.
Les murs glacés ont l’air d’être vos ennemis.
Oh ! les hideux cachots ! il semble qu’on ait mis
Un morceau de la nuit du tombeau dans ces caves.
Mais si l’on n’avait pas ces geôles, ces entraves,
Ces gênes, tout irait fort mal, et l’accusé
Peu docile, serait à tuer malaisé.
Là du moins il est pris de tout l’on tient registre.
Il descend marche à marche un escalier sinistre ;
Les juges font sur lui de lugubres essais ;
Pâle, il se sent poussé par derrière un procès
Est une pente douce où l’on glisse à la tombe.

Cette fille expirait dans cette catacombe.