Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XIV.djvu/94

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Ils auront fait un çode étonnant, et ces maîtres,
Ces clercs, sachant par cœur le droit de nos ancêtres,
Cas simples, cas royaux ; chefs-plaids et francs-alleux,
Auront perdu leur temps ! Ce serait scandaleux,
Certe ; et puis à la fin l’amour-propre s’en mêle..
Quoi ! la loi fléchirait devant cette femelle !
Un jeune magistrat, voyons, peut-il lâcher ’
Une femme qu’il est allé très loin chercher ;
Qui peut-être, après tout, quoique fort obstinée, —
Est à peu près coupable, et qui guillotinée ;
Fera parler de lui chez le garde des séeaux !
Cette fille est d’ailleurs sans mœurs. Les noirs ciseaux
Sont au greffe, et bientôt mordront sa chevelure.
Il criait : Parricide ! avoue. Il faut conclure ! —
Elle disait : — Jamais. — L’innocence est de fer.
On dut la murer presque au fond de cet enfer.

Dans son sein cependant le pauvre petit être,
L’ange obscur, avait l’air de ne vouloir plus naître,
Et, sans savoir nos lois, nos jougs, notre secret,
Ni ce que lui faisait la justice, il mourait.
Elle en tremblait du moins. Prise entre ces murailles,
Elle épiait cette âme éclose en ses entrailles,
Elle en craignait la fuite, et dans son flanc muet
Il lui semblait parfois que. rien ne remuait ;
Si bien qu’un jour, vaincue enfin, découragée,
Stupide, cette mère et cette naufragée,
Sans espoir, n’ayant plus que le choix de l’écueil,
Sentant son ventre, hélas ! devenir un cercueil,
Et le doux innocent périr dans ce repaire,
Pour sauver son enfant, dit : — J’ai.tué mon père !

22 novembre.

== XXXIV