Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome XV.djvu/17

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« Mes chers enfants, (ce nom convient à mon long âge,)
« Aucun de vous n’a tort ; vous avez tous raison ;
« (Des effets sûrs prouvent ce que j’avance)
« Et tous de sot des sots vous méritez le nom ;
« Mais fiez-vous à mon expérience,
« Formons un sot encor plus sot que nous.
« De nos talents divers ornons l’esprit d’un autre,
« Et s’il a des succès, n’en soyons point jaloux,
« Puisque sa gloire augmentera la nôtre. »

Il dit, et des hi-han mille fois répétés
Montrent qu’on applaudit à sa rare éloquence,
On se repent des coups qu’on a portés,
Et tout rentre dans le silence.
Aliboron reprend : « Vous voyez sur mon front
« Se jouer fièrement deux superbes oreilles ;
« Eh bien, à notre sot, j’en promets deux pareilles ! »
On applaudit encore au docte Aliboron.

Lors Pompignan saluant l’auditoire,
Brait ces mots : « Moi, Messieurs, je lui promets ma gloire,
« S’il consent d’imiter mon style plat et lourd. »

Aignan se lève et salue à son tour :
« A ce bijou, dit-il, je lègue mon audace,
« Il sera l’ennemi de Virgile et d’Horace. »

« Je lui promets aussi, s’écrie alors Masson,
« Toute la roideur helvétique,
« Mes jeux de mots, et ma Minerve étique,
« Qui fait si bien les vers sans rime ni raison. »

Lemierre ajoute : « Et moi, je donne à ce mignon
« Le compas ennuyeux de la monotonie,
« Et le talent de heurter l’harmonie. »