Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome II.djvu/476

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romancier nous exhume comme une Pompéi féodale, avec la forme et la teinte de ses maisons, avec la topographie minutieuse de ses édifices et du dédale de ses vieilles rues ? Par quelle autre magie que celle du poète animerez-vous la grande figure du roman, sa véritable héroïne peut-être, la cathédrale elle-même, œuvre colossale d’un homme et d’un peuple, sorte de création humaine, avec son riche habillement de sculptures et de ciselures, dont chaque pierre est une page, non seulement de l’histoire du pays, mais encore de la science et de l’art ?

Revue des Deux-Mondes.
(Janvier-mars 1831.)

Le critique passe en revue les personnages du roman.

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C’est dans cet immense ouvrage, passant à travers un seul chapitre, comme un renard dans le coin d’un grand bois, Louis XI, vieux mauvais prince, grand roi, sapant le système féodal, trouvant trop chère une liste civile qui montait à 80,000 francs, nourrissant des lions, parce qu’il faut que les rois de France aient des rugissements autour de leur trône, et faisant construire des cages de fer pour eux et pour La Balue.

C’est un beau gendarme, Phœbus de Châteaupers, tête trouée et vide, à travers laquelle le vent passe, montrant son hoqueton brodé à sa maîtresse qui lui parle d’amour, à sa maîtresse qui l’aime comme Dieu et qu’il aime un peu moins que son cheval.

Enfin, et c’est peut-être la figure la plus originale, Quasimodo… Regardez sur la couverture où il passe sa tête, Quasimodo le sonneur de cloches, Caliban de cathédrale, réunion vivante de toutes les calamités physiques, borgne, bossu, bancal, sourd, brèche-dent, j’oublie encore quelque chose… Quasimodo qui vous fera peur d’abord, et finira par vous faire pleurer, car sous cette enveloppe de peau de chagrin, il a une âme qui aime et qui souffre.

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Viennent maintenant les critiques ! car il ne manquera pas de gens qui ne comprendront pas, se fâcheront de ne pas comprendre et jetteront la pierre à la hauteur à laquelle ils ne peuvent atteindre avec la main. Il n’en sera pas moins vrai que M. Hugo aura élevé un immense édifice littéraire, sous les portes duquel les plus grands d’entre eux pourront passer sans se baisser ; et la postérité, qui ne tient pas compte des petites haines des contemporains, dira Hugo comme elle dit Dante et Shakespeare…

C… D…
Mercure du XIXe siècle.
(Mars-avril 1831.)
L. [Paul Lacroix.]

La plus petite cause, chez un homme de génie, produit les plus grands effets ; un mot grec, Anankè, fut le berceau obscur du roman de Notre-Dame de Paris. M. Victor Hugo, dont l’imagination toute-puissante crée ou ressuscite les hommes et les choses aussi facilement qu’on fait reparaître des caractères tracés avec l’encre sympathique, a lu ce mot mystérieux et a pris la plume. Le destin, ce tyran si capricieux et si incompréhensible, tient les fils entrelacés de ce drame. On y retrouve partout le doigt de la fatalité.

Notre-Dame, ce géant de pierre qui lève si haut ses deux têtes dans les airs, qui s’environne d’une cour de monstres immobiles, qui a des fenêtres et des rosaces flamboyantes comme des yeux, qui fait sonner les cloches comme des voix, c’est là en quelque sorte le principal personnage du livre ; on dirait qu’il a reçu la vie et l’intelligence ; c’est une décoration animée et agissante ; Notre-Dame a pour ainsi dire achevé l’éducation de Quasimodo ; Notre-Dame enveloppe de ténèbres les passions de Claude Frollo ; Notre-Dame donne un asile à l’innocente Esmeralda ; Notre-Dame punit le crime de l’archidiacre qui, lancé du haut de la tour, s’accroche à la gueule d’une gouttière, se confie un moment à ce fragile appui et tombe brisé dans cette horrible chute. Notre-Dame est une véritable individualité qui semble participer de la puissance du Dieu qu’on y adore.

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Ce qui, dans cet immense ouvrage, mérite une attention spéciale, outre ces parties frappantes, c’est l’ensemble parfait où elles sont coordonnées, c’est la variété des tons et des couleurs, c’est l’alliance merveilleuse de la science à l’imagination. Le premier volume surtout renferme toutes les connaissances que l’on acquiert dans une vie de bénédictin.

Le génie se montre à de tels signes ; il est