Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/338

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A de certains moments, l’air, enveloppe de ce globe, veut un surcroît de calorique ; on dirait que l’atmosphère a soif de flamme et de gaz ; elle semble exercer sur la bouche des volcans une sorte de succion terrible qui vide ou qui du moins dégage de son excès d’incandescence et de fumée le profond incendie central. Une éruption est un calmant. Dans ce mécanisme vertigineux, la tempête et le volcan sont des instruments d’équilibre. Quant à la vastitude de ce globe, avez-vous quelquefois examiné les aspérités d’une peau d’orange ? Eh bien, les chaînes de montagnes les plus élevées, le mont Blanc, le Pic du Midi, les monstrueuses cimes du Thibet qui ont deux lieues de haut, ne font pas même de ces aspérités-là sur la terre. Et pourtant, que ce soit le Kouen-lun comme le pensent Humboldt et Klaproth, ou le Karakoroum, comme le disent les frères Schlagintweit, quels faîtes effrayants que ces sommets, au haut desquels se fait la séparation des eaux de toute l’Asie ! Et cherchez des règles, des analogues, des équivalents à l’inconcevable dynamique terrestre ! Rendez-vous compte, entre autres miracles, de la force de la végétation. Un brin d’herbe soulève un bloc d’argile ; au mois d’août 1860, un champignon, pour se faire passage, a bossue et brisé le pavé d’asphalte sur la place de la Bastille, à Paris. Toute la terre est un creuset. L’appareil Giffard donne une vague idée de la façon dont l’eau et la vapeur se comportent dans les veines gigantesques du globe. Dans ce récipient redoutable que nous nommons la Terre, les énergies latentes des éléments semblent attendre l’homme pour le combattre. Forez un puits, vous entendez un sifflement. C’est l’hydre des forces occultes, c’est le serpent des gaz qui se tord et qui menace dans les profondeurs. De là ces résistances qui simulent presque une agression et un refus d’obéir. A Vergougnou (Haute-Loire), le fond d’un puits s’est brusquement soulevé à vingt-deux mètres de hauteur. Calculez, d’après ce chiffre pris à la surface, les pressions croissantes à mesure que vous descendez vers le centre. Calculez quelle force de propulsion il a fallu à l’acide carbonique, par exemple, pour fendre et faire éclater les massives nappes porphyriques et basaltiques du bassin houiller de Brassac, et pour jeter dehors les eaux bicarbonatées de la Limagne d’Auvergne et du bassin de Vichy ! Il y a les feux souterrains, il y a les eaux souterraines, il y a les vents souterrains. A Cesi, en Italie, les souffles sortent de terre avec une telle continuité et une telle exactitude que les habitants comptent dessus, leur ouvrent des bouches dans les maisons, les ajustent à des manivelles, les distribuent dans des canaux, les emmagasinent et les mettent sous clef ; le ventilateur aide là servante ; là l’homme est parvenu à domestiquer le vent. On ouvre un robinet, le vent se met à travailler. Le souffle dure