Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/339

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depuis huit heures du matin jusqu’à quatre heures du soir et se repose la nuit. Et quelles énigmes ! Devinez ces affinités inexplicables : comment l’oxygène transforme-t-il la mannite et le sucre en eau ? Cherchez le rapport entre la belladone et la pupille de votre œil, entre le perchlorure de fer et les battements de votre cœur !

Pourquoi les roches cristallines produisent-elles les eaux sulfureuses, et les ophites les eaux alcalines ? Qu’est-ce que l’albumine qui a toute l’apparence d’une base vitale, et qui est propre au végétal comme à l’animal ? Qu’est-ce que cet étrange latex qui semble être à la sève ce que le sérum est au sang ? Quelle est sa fonction ? Par quelles transformations arrive-t-il à composer, par exemple, le liquide visqueux qui fait l’opium, le suc de l’arbre à vache, la matière résineuse de la térébenthine, la liqueur laiteuse qui tient le caoutchouc en suspension, et le venin de l’écorce de l’euphorbe des Canaries ? Qu’est-ce que la génération spontanée ? De quelle nature est la force qui la produit ? Autant de questions, autant d’abîmes. Tout cela, c’est la gestation terrestre. Je le répète, figurez-vous la terre, si vous pouvez ; figurez-vous ce foyer d’où sort ce rayonnement, la vie. Représentez-vous, suspendue dans l’espace, isolée dans le vide, appuyée à rien, cette terre, cette masse, cette boule, ce sphéroïde démesuré, sorte de générateur colossal, immense appareil statique, dynamique, chimique, cornu, qui dégage éternellement, sous d’innombrables formes, la vitalité centrique, alambic qui distille des forêts, des fleuves, des chutes du Nil, des cataractes du Rhin, des glaciers, des roses, des rubis, des déserts de sable, des déserts de neige, des steppes, des savanes, des prairies, des lacs, des torrents, des montagnes ; bouteille de Leyde de neuf mine lieues de tour ; pile de Volta planète ; prodigieuse chaudière tubulaire ayant pour soupapes les jeysers, les soufrières, Stromboli, Lipari, et pour cheminées l’Etna, le Vésuve, Ténériffe, le Momotombo, le Cotopaxi, le Chimborazo ! Représentez-vous ce globe monstre, aux évents de feu, roulant éperdument devant lui avec cette lutte d’éléments dans les entrailles ! Qu’est-ce que cela ? Est-ce le chaos ? Non. C’est l’ordre.

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Regardez encore. Ceci est la mer :

Le mouvement gigantesque et continu, une sorte d’en-avant furieux et effréné des masses, des souffles, des bruits, un tas de montagnes en