Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/367

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l’ont appelée la Grande Déesse, la Déesse-au-large-sein (Eυρὐστερ νον), Titéria, Ops, Tellus, Géo, Vesta, Cybèle, Cérès, Déméter ; et, au fond de la nuée qui emplissait les temples, à Thèbes, où ses prêtres avaient des masques de bêtes, à Delphes où, selon Pausanias, la Terre a rendu des oracles avant Apollon, en Achaïe, près du fleuve Crathis, à Sparte, dans le vertigineux sanctuaire nommé Gasepton, l’antiquité éleusienne et isiaque la représentait droite et debout dans une robe de pierre qui avait les cannelures d’une colonne, symbolisation du grand point d’appui terrestre, avec une tête de cheval qui signifiait la force patente, une chevelure de serpents qui signifiait les puissances cachées, ayant dans sa main droite un dauphin qui signifiait l’eau et dans sa main gauche une colombe qui signifiait l’air.

Et sous cette forme fausse et vraie on l’adorait.

Quand à ce soleil dont il a été parlé plus haut, tous les cultes, nous l’avons dit, se sont adressés à lui. Le paganisme a vu dans le soleil un dieu et le christianisme un archange. Apollon, c’est Michel. Le radical Hel se trouve dans Michel comme dans Hélios. Typhon, c’est Satan. On pourrait dire que Saint-Michel foudroie Typhon et qu’Apollon terrasse Satan. Le carquois de l’olympien est plein d’éclairs comme le fourreau de l’ange est plein de flamboiements. Les religions ont pris cet astre et en ont fait un héros de l’azur. L’illuminisme allemand, représenté par Swinden, place l’enfer dans le soleil, c’est là que Michel garde Lucifer. L’ange, cicérone de l’enfer, qui montre les damnés à Albéric, moine du Mont-Cassin, l’appelle Hélios. Du dieu payen et de l’ange chrétien, l’orient le premier avait fait un génie. Bhaël, Baal, Bel, Belus, Bélénus, c’est toujours Hel, c’est toujours Hélios. Le soleil est devenu une sorte de figure humaine sublimée. On l’a mis sur un char et on lui a donné quatre chevaux qu’Homère appelle Pyroéis, Eoiis, iEthon, Phlégon, c’est-à-dire, à peu près, Rougeur d’en haut, Clarté, Chaleur, Rougeur d’en bas, et que Fulgence nomme Erythreus, Actéon, Lampas, Philogeus, et qui signifie quelque chose comme le Rouge, le Lumineux, le Flamboyant, l’Ami de la terre, ou la Rentrée à l’Écurie. Ainsi procède le rapetissement gigantesque des mythologies.

Ainsi la nature enseigne et en même temps égare l’homme. Ces contagions du naturalisme, insistons-y, n’ont point épargné les sages. L’univers contemplé devient facilement l’univers visionné. Plusieurs génies ont vacillé sous le poids de cette idée fixe : la nature. Platon voit la danse des sphères ; Pythagore entend leur musique. Quant à Aristote, il doute. Pythagore, créateur de la musique, comme le qualifie, dans la boiserie de la cathédrale