Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome III.djvu/369

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A la rigueur, on peut scientifiquement rendre raison de la pierre chantante du druidisme et du phonolithe d’Egypte. Celle des deux statues de Memnon qui soupirait à l’aurore, ce colosse Tama, haut de quarante pieds, qui regardait l’orient les mains sur ses genoux, peut s’expliquer, non par l’automate du jésuite Kircher, mais par cette colonne chinoise de cent verges de haut, appelée Mixe, c’est-à-dire la pierre au bruit de cloche, qu’on voit sur une montagne près de Tancham, et qui, touchée du bout du doigt, sonne comme vingt tambours. Ce serait tout simplement une sorte de pierre très riche en molécules métalliques, et cristallisée de telle sorte que la moindre dilatation ou la moindre percussion la fait vibrer. On peut rapprocher du même fait, et, par conséquent, dépouiller de tout mystère, les divers phonolithes de la Haute-Loire et du Puy-en-Velay, et cette fameuse église bâtie à la Vierge avec des pierres sonores noires et blanches alternées, et la porte de pierre du caveau des francs-juges de Baden qui, en s’ouvrant, donne l’ut grave.

D’autres phénomènes se présentent, plus malaisés à éclaircir, et toujours suivis d’appendices mythologiques ajoutés par l’homme.

Qu’était-ce que cet écho, entendu par Roger Bacon dans les collines du confluent de la Marne, qui changeait Ys en v, et qui, lorsqu’on lui criait Satan, répondait Va-t’en ? Qu’est-ce que cette Montagne du Diable, près du Cap, d’où s’élèvent, à de certaines heures, une grande voix et une grande lumière ? Vous êtes en Finlande : ce porche au fond duquel on voit un puits, comme un gosier au fond d’une gueule, c’est la grotte smellique. Jetez-y un chien, un mouton, une bête vivante, vous entendez quelque chose de stupéfiant et de hideux qui ressemble aux mille cris d’une hydre mangeant sa proie. Qui donc est là sur le seuil de la caverne évanoui de terreur ? C’est Olaüs Magnus. De là une religion. Nous sommes aux Orcades : voici, avec son solfège éolien, avec ses millions de colonnes pareilles à des tuyaux où une goutte d’eau détermine une symphonie, la grotte de Staffa, orgue colossal de l’Océan. Les bardes gaëls, charmés et tremblants, écoutent. La grotte, comme si elle avait une pensée, chante jour et nuit. De là une religion.

Un hollandais, appelé Haafner, voyageait, en 1783, seul et à pied, dans l’île de Ceylan. C’était un curieux intelligent. On lui avait raconté les mystérieuses solitudes de cette île et les bruits extraordinaires qu’on y entend. Ces bruits lui étaient attestés par des pêcheurs du fleuve Mabehagonga, ce cours d’eau plein de roches rebelle à la navigation. Un allemand mecklembourgeois, nommé Wolf, qui habitait depuis vingt ans la plaine de Jafnapatam, affirmait avoir été réveillé une nuit par la chose effrayante