Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/408

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que la proximité du trône ait pu convertir un berceau en sépulcre, et qu’un petit enfant ait pu périr de misère dans un cachot sous l’étouffement énorme d’une genèse sociale, sans qu’il se soit élevé un cri de pitié. Il ne faut pas que cela soit dit.

Si cela n’était pas dit, il y aurait une lacune dans la révolution même, et en dépit de la suprême clarté qu’elle a répandue, il resterait dans l’âme humaine un coin noir.

Si cela n’était pas dit, la loi sociale serait dégagée, la loi morale ne le serait pas.

C’est pourquoi nous sommes de ceux qui constatent la quantité de mal mêlée à la quantité de bien. Le bien l’emporte dans une proportion incommensurable. Tant mieux. Nous n’en jugeons pas moins nécessaire de maintenir au-dessus de tout les principes qui sont le ciel même de la conscience.

De même qu’à la monarchie, nous disons à la révolution la vérité. La révolution a été colossale, terrible et salutaire. Mais nous ne cachons pas ses emportements, ses rages, ses écumes inutiles, ses dévastations, ses voies de fait, ses épouvantes. On ne flatte pas l’ouragan.

Insistons-y, car les vérités primordiales veulent être soulignées et lorsqu’il s’agit des réalités profondes innées en nous il n’y a point de redites, la révolution est un fait complexe dont il faut signaler la violence et adorer le bienfait. En la constatant, nous faisons la part de la loi morale humaine que nous possédons et de la loi morale divine qui nous échappe.

Tous les excès, toutes les frénésies, toutes les barbaries que résume le mot Terrorisme, sont inextricablement mêlés au salut du monde ; ils en sont peut-être la rançon. Il y a dans le prodigieux fait révolutionnaire un côté crime ; nous le haïssons comme crime, nous le respectons comme mystère ; nous condamnons la fureur révolutionnaire, en la vénérant ; nous flétrissons 93, à genoux.


les tribunes publiques.

À la Convention, le peuple était chez lui.

Rien de plus étrange que les tribunes publiques de la Convention. La foule, malgré les cris de colère du représentant Chiappe, y était souveraine.

Les tribunes empiétaient sur la tribune ; cela tenait à ce que la Convention était plus en révolution qu’en république. La violation de l’inviolabilité des représentants se rattache au même phénomène. En république tout est libre ; en révolution tout est responsable.

Plus tard, la révolution s’épuise, la république se fonde, et quand la tribune parle, les tribunes se taisent. C’est l’âge de paix succédant à l’âge de guerre.

Les tribunes publiques à la Convention, c’était la révolution tutoyant l’assemblée. Familiarité énorme. La Convention était assemblée nationale ; dans les tribunes, on sentait le peuple universel. Ce peuple était témoin, et par moments ce témoin était juge. Les tribunes applaudissaient volontiers, caresses de griffe. Elles interrompaient.