Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome IX.djvu/448

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


il en charge un juge, qui en charge un bailli, qui en charge un bourreau, qui en charge son valet. On appelle ça le progrès. Les paysans sont tout de même pendus [1].


— Ne méprisez pas trop les robins. Est-ce que notre arrière-grand-cousin le marquis de Marigny n’a pas épousé Lucile Tarneau, fille de Tarneau, président au parlement de Bordeaux ?

La vicomtesse mit ses mains sur ses yeux et murmura :

— C’est la seule honte de notre famille. Mais c’est affreux en effet[2].


Arrivez toutes, les jolies filles. Je choisirai.

— C’est en effet un ancien droit, murmura la vicomtesse.

— J’ai gagné les mille louis. Je les donne à la plus jolie fille d’ici.

— À la plus honnête, dit la vicomtesse.

— Non, à la plus jolie. Où est-elle ? qu’on me la trouve.


— Vous avez, dit le duc, la meilleure compagnie du monde et la mieux au train du jour, force gens d’esprit, par la vertujeu, un lieutenant de police, d’…[3] qui ne croit pas à la police, un président (un tel) qui ne croit pas à la justice, un chevalier de Malte qui ne croit pas au célibat, un duc et pair, moi, qui ne crois pas aux princes, et un prêtre, l’abbé Cimourdain que voilà, qui ne croit pas en Dieu.

(Ici la vieille se lève, salue le duc et sort.)

L’abbé Cimourdain — grande figure.

— Je crois en Dieu, monsieur le duc[4].


Mme Poingdestre se lève, fait une profonde révérence au duc, se dirige vers la porte que l’on ouvre à deux battants devant elle, et sort.

Le duc, légèrement étonné, cria :

— Marquis, qu’a donc ta tante ?

— C’est son heure d’aller se coucher, dit le marquis.


  1. Au verso de la couverture d’un livre publié en 1872. (Note de l’éditeur.)
  2. Bande d’un livre adressé à Victor Hugo et dont le timbre postal porte : 7 nov. 72. (Note de l’éditeur.)
  3. Le mot que nous laissons en blanc, est illisible. (Note de l’éditeur.)
  4. Au verso d’une enveloppe timbrée 6 janv. 63. (Note de l’éditeur.)