Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome VIII.djvu/220

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L'HOMME QUI RIT

D’incompatibilité, point.

En ce monde tout est pendule. Graviter, c’est osciller. Un pôle veut l’autre. François Ier veut Triboulet ; Louis XV veut Lebel. Il existe une affinité profonde entre cette extrême hauteur et cet extrême abaissement. C’est l’abaissement qui dirige. Rien de plus aisé à comprendre. Qui est dessous tient les fils.

Pas de position plus commode.

On est l’œil, et on a l’oreille.

On est l’œil du gouvernement.

On a l’oreille du roi.

Avoir l’oreille du roi, c’est tirer et pousser à sa fantaisie le verrou de la conscience royale, et fourrer dans cette conscience ce qu’on veut. L’esprit du roi, c’est votre armoire. Si vous êtes chiffonnier, c’est votre hotte. L’oreille des rois n’est pas aux rois ; c’est ce qui fait qu’en somme ces pauvres diables sont peu responsables. Qui ne possède pas sa pensée ne possède pas son action. Un roi, cela obéit.

À quoi ?

À une mauvaise âme quelconque qui du dehors lui bourdonne dans l’oreille. Mouche sombre de l’abîme.

Ce bourdonnement commande. Un règne est une dictée.

La voix haute, c’est le souverain ; la voix basse, c’est la souveraineté.

Ceux qui dans un règne savent distinguer cette voix basse et entendre ce qu’elle souffle à la voix haute, sont les vrais historiens.