Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome VIII.djvu/315

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VII

quelles raisons peut avoir un quadruple
pour venir s’encanailler parmi les gros sous ?

Une diversion survint.

L’inn Tadcaster était de plus en plus une fournaise de joie et de rire. Pas de plus gai tumulte. L’hôtelier et son boy ne suffisaient pas à verser l’ale, le stout et le porter. Le soir, la salle basse, toutes vitres éclairées, n’avait pas une table vide. On chantait, on criait ; le grand vieil âtre en cul de four, grillé de fer et gorgé de houille, flambait. Le rayonnement de l’inn Tadcaster emplissait le champ de foire. C’était comme une maison de feu et de bruit.

Dans la cour, c’est-à-dire dans le théâtre, plus de foule encore.

Tout le public de faubourg que pouvait donner Southwark abondait à tel point aux représentations de Chaos vaincu que, sitôt le rideau levé, c’est-à-dire le panneau de la Green-Box abaissé, il était impossible de trouver une place. Les fenêtres regorgeaient de spectateurs ; le balcon était envahi. On ne voyait plus un seul des pavés de la cour, tous remplacés par des visages.

Seulement le compartiment pour la noblesse restait toujours vide.

Cela faisait, à cet endroit, qui était le centre du balcon, un trou noir, ce qu’on appelle, en métaphore d’argot, « un four ». Personne. Foule partout, excepté là.

Un soir, il y eut quelqu’un.

C’était un samedi, jour où les anglais se dépêchent de s’amuser, ayant à s’ennuyer le dimanche. La salle était comble.

Nous disons salle. Shakespeare aussi n’a eu longtemps pour théâtre qu’une cour d’hôtellerie, et il l’appelait salle. Hall.

Au moment où la triveline s’écarta sur le prologue de Chaos vaincu, Ursus, Homo et Gwynplaine étant en scène, Ursus jeta, comme d’habitude, un coup d’œil sur l’assistance, et eut une commotion.

Le compartiment « pour la noblesse » était occupé.

Une femme était assise, seule, au milieu de la loge, sur le fauteuil de velours d’Utrecht.

Elle était seule, et elle emplissait la loge.

De certains êtres ont de la clarté. Cette femme, comme Dea, avait sa lueur à elle, mais autre. Dea était pâle, cette femme était vermeille. Dea était l’aube, cette femme était l’aurore. Dea était belle, cette femme était superbe. Dea était l’innocence, la candeur, la blancheur, l’albâtre ; cette femme était la