Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome VIII.djvu/418

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L’HOMME QUI RIT

— Devinez qui avait parlé la première fois.
— Je n’ai pas le temps d’être Œdipe.
— C’était le maître du circus.
— D’à côté ?
— D’à côté.
— Où il y a toute cette musique enragée ?
— Enragée.
— Eh bien ?
— Eh bien, maître Ursus, il vous fait des offres.
— Des offres ?
— Des offres.
— Pourquoi ?
— Parce que.
— Vous avez sur moi un avantage, maître Nicless, c’est que vous, tout à l’heure, vous avez compris mon énigme, et que moi, maintenant, je ne comprends pas la vôtre.
— Le maître du circus m’a chargé de vous dire qu’il avait vu ce matin passer le cortège de police, et que lui, le maître du circus, voulant vous prouver qu’il est votre ami, il vous offrait de vous acheter, moyennant cinquante livres sterling payées comptant, votre berlingot, la Green-Box, vos deux chevaux, vos trompettes avec les femmes qui y soufflent, votre pièce avec l’aveugle qui chante dedans, votre loup, et vous avec.

Ursus eut un hautain sourire.

— Maître de l’inn Tadcaster, vous direz au maître du circus que Gwynplaine va revenir.

Le tavernier prit sur une chaise quelque chose qui était dans l’obscurité, et se retourna vers Ursus, les deux bras levés, laissant pendre de l’une de ses mains un manteau et de l’autre une esclavine de cuir, un chapeau de feutre et un capingot.

Et maître Nicless dit :

— L’homme qui a frappé la seconde fois, et qui était un homme de police, et qui est entré et sorti sans prononcer une parole, a apporté ceci.

Ursus reconnut l’esclavine, le capingot, le chapeau et le manteau de Gwynplaine.