Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome VIII.djvu/513

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SERAIT BON FRÈRE S’IL N’ÉTAIT…

fît Marolles à Lisle-Marivaux ; et nous verrons ensuite, mylord, si tu riras. Toi, Burlington, qui as l’air d’une fille avec tes dix-sept ans, tu auras le choix entre les pelouses de ta maison de Middlesex et ton beau jardin de Londesburg en Yorkshire pour te faire enterrer. J’informe vos seigneuries qu’il ne me convient pas qu’on soit insolent devant moi. Et je vous châtierai, mylords ! Je trouve mauvais que vous ayez bafoué lord Fermain Clancharlie. Il vaut mieux que vous. Comme Clancharlie, il a la noblesse, que vous avez, et comme Gwynplaine, il a l’esprit, que vous n’avez pas. Je fais de sa cause ma cause, de son injure mon injure, et de vos ricanements ma colère. Nous verrons qui sortira de cette affaire vivant, car je vous provoque à outrance, entendez-vous bien ? et à toute arme et de toute façon, et choisissez la mort qui vous plaira, et puisque vous êtes des manants en même temps que des gentilshommes, je proportionne le défi à vos qualités, et je vous offre toutes les manières qu’ont les hommes de se tuer, depuis l’épée comme les princes jusqu’à la boxe comme les goujats !

À ce jet furieux de paroles tout le groupe hautain des jeunes lords répondit par un sourire. — Convenu, dirent-ils.

— Je choisis le pistolet, dit Burlington.
— Moi, dit Escrik, l’ancien combat de champ clos à la masse d’armes et au poignard.
— Moi, dit Holderness, le duel aux deux couteaux, le long et le court, torses nus, et corps à corps.
— Lord David, dit le comte de Thanet, tu es écossais. Je prends la claymore.
— Moi, l’épée, dit Rockingham.
— Moi, dit le duc Ralph, je préfère la boxe. C’est plus noble.

Gwynplaine sortit de l’ombre.

Il se dirigea vers celui qu’il avait jusque-là nommé Tom-Jim-Jack, et en qui maintenant il commençait à entrevoir autre chose.

— Je vous remercie, dit-il. Mais ceci me regarde.

Toutes les têtes se tournèrent.

Gwynplaine avança. Il se sentait poussé vers cet homme qu’il entendait appeler lord David, et qui était son défenseur, et plus encore peut-être. Lord David recula.

— Tiens ! dit lord David, c’est vous ! vous voilà ! Cela se trouve bien. J’avais aussi un mot à vous dire. Vous avez tout à l’heure parlé d’une femme qui, après avoir aimé lord Linnœus Clancharlie, a aimé le roi Charles II.
— C’est vrai.
— Monsieur, vous avez insulté ma mère.