Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome VIII.djvu/567

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fon de cour. Il met à nu, pour ainsi dire, l’âme de son Triboulet. La physiologie des bouffons et la psychologie de leurs maîtres sont exposées avec une puissance incomparable. Il y a une analyse minutieuse et profonde des sentiments et des sensations provoquées par le spectacle de ces monstres variés : joies, voluptés, surprises, besoin d’hilarité, conscience de la suprématie et de la force en face de l’infériorité attestée par ces difformités ; l’anatomie du bouffon, cette dissection savante et vivante des éleveurs de monstres, cet exposé des déformations de sentiments amenées par la vue de ces déformations physiques, tout ce tableau tragique est peint d’une touche large et vigoureuse.


note préalable sur les comprachicos.

I

Le sujet de ce livre, pour ceux qui voudront bien lire l’ouvrageces volumes avec attention, est humain. Il est philosophique, et non historique. Si ce livre se rattache à quelque chose, c’est au côté éternel de l’homme, et non au côte passager. L’action sans doute, et c’est la loi du drame comme c’est la loi de la vie, se passe dans un pays et dans un temps, mais elle se passe surtout dans l’âme humaine. Le reflet d’histoire spéciale qui nous éclaire tous nous localise, mais ne nous circonscrit pas. L’infini du cœur n’est d’aucun siècle. L’homme n’est point date.

Les Comprachicos ou Raghles, qui sont l’objet de cette note préalable, tiennent tout au plus dans ce livre la place du prologue dans la tragédie. Les comprachicos sont, pour le drame dont ce livre essaiera d’être la représentation, ce qu’on pourrait appeler un fait de point de départ. L’idée du livre est au delà.

Pourtant, il a paru nécessaire d’indiquer ici, le plus brièvement possible, quelques détails caractéristiques et étranges ; détails fameux il y a deux siècles, oubliés il y a cent ans, ignorés aujourd’hui.

Ce court chapitre préliminaire n’est autre chose qu’un renseignement ; nous ne pouvions pas ne point l’écrire, mais on peut ne pas le lire.

II

Le fait des comprachicos éclaire tristement, et d’une lumière utile, tout un côté desanciennes mœurs mœurs féodales. Ce mot, mœurs féodales, comprend presque toute l’histoire.

Les comprachicos sont un symptôme. Ils sont l’abcèsla pustule – le charbon d’un virus. Ils révèlent tout un état social, séculaire, préexistant, immémorial. Le fait antique, dont les comprachicos sont une branche, est plus qu’un fait, c’est pour la société une manière d’être. Il se ramifie de nos jours, fort pâli, il est vrai, et devenu présentable, jusque dans nos mœurs parisiennes, sous diverses formes ; il a perdu sa férocité, il a gardé sa reptilité ; il se glisse un peu partout ; et, si l’on regarde de près.