Page:Hugo - Actes et paroles - volume 1.djvu/263

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Aucune tyrannie dans ce système ; l’organisation. À chacun la liberté entière de la manifestation de la pensée, sauf à l’astreindre à une condition préalable de garantie qu’il serait possible à tous de remplir.

Les idées que je viens d’exprimer, j’y crois de toute la force de mon âme ; mais je pense en même temps qu’elles ne sont pas encore mûres. Leur jour viendra, je le hâterai pour ma part. Je prévois les lenteurs. Je suis de ceux qui acceptent sans impatience la collaboration du temps.

M. LE CONSEILLER DEFRESNE.-Ce que M. Victor Hugo et M. Souvestre demandent, c’est tout bonnement l’établissement d’une jurande ou maîtrise littéraire. Je ne dis pas cela pour les blâmer. L’institution qu’ils demandent serait une grande et utile institution ; mais, comme eux, je pense qu’il n’y faut songer que pour un temps plus ou moins éloigné.

M. VICTOR HUGO.-Les associations de l’avenir ne seront point celles qu’ont vues nos pères. Les associations du passé étaient basées sur le principe de l’autorité et faites pour le soutenir et l’organiser ; les associations de l’avenir organiseront et développeront la liberté.

Je voudrais voir désormais la loi organiser des groupes d’individualités, pour aider, par ces associations, au progrès véritable de la liberté. La liberté jaillirait de ces associations et rayonnerait sur tout le pays. Il y aurait liberté d’enseignement avec des conditions fortes imposées à ceux qui voudraient enseigner. Je n’entends pas la liberté d’enseignement comme ce qu’on appelle le parti catholique. Liberté de la parole avec des conditions imposées à ceux qui en usent, liberté du théâtre avec des conditions analogues ; voilà comme j’entends la solution du problème.

J’ajoute un détail qui complète les idées que j’ai émises sur l’organisation de la liberté théâtrale. Cette organisation, on ne pourra guère la commencer sérieusement que quand une réforme dans la haute administration aura réuni dans une même main tout ce qui se rapporte à la protection que l’état doit aux arts, aux créations de l’intelligence ; et cette main, je ne veux pas que ce soit celle d’un directeur, mais celle d’un ministre. Le pilote de l’intelligence ne saurait être trop haut placé. Voyez, à l’heure qu’il est, quel chaos !

Le ministre de la justice a l’imprimerie nationale ; le ministre de l’intérieur, les théâtres, les musées ; le ministre de l’instruction publique, les sociétés savantes ; le ministre des cultes, les églises ; le ministre des travaux publics, les grandes constructions nationales. Tout cela devrait être réuni.

Un même esprit devrait coordonner dans un vaste système tout cet ensemble et le féconder. Que peuvent maintenant toutes ces pensées divergentes, qui tirent chacune de leur côté ? Rien, qu’empêcher tout progrès réel.