Page:Hugo - La Fin de Satan, 1886.djvu/46

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Tant qu’il me restera dans les mains ces trois armes,
Je vaincrai Dieu ; matin, tu verseras des larmes !
L’être qui vit sous terre et moi, nous lutterons.
Si Dieu veut sous les eaux engloutir les affronts,
Les haines, les forfaits, le meurtre, la démence,
Les fureurs, il faudra toujours qu’il recommence.
Oui, les déluges noirs, pareils aux chiens grondants
Qui veulent qu’on les lâche et qui montrent les dents,
Tant que le vieux Caïn vivra sous ces trois formes,
Pourront à l’horizon gonfler leurs flots énormes.


V

Le voile en s’écartant laissa voir dans deux mains
Un bâton, une pierre arrachée aux chemins,
Puis un long clou, semblable au verrou d’une porte ;
Et si, dans ce tombeau de la nature morte,
Quelque œil vivant eût pu rester dans l’ombre ouvert,
Sur le clou, sur le bois noueux et jadis vert,
Et sur l’affreux caillou pareil aux crânes vides,
Cet œil eût distingué trois souillures livides ;
Et le spectre montra ces trois taches au ciel,
Et cria : Cieux profonds ! Voici du sang d’Abel !