Page:Hugo - La Fin de Satan, 1886.djvu/62

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Et quand tous les Nemrods se mangeront entr’eux !
Parfois je vais, au bord d’un fleuve ténébreux,
Regarder, sur le sable ou dans les joncs d’une île,
Le vautour disputer sa proie au crocodile ;
Chacun veut être seul, chacun veut être roi,
Chacun veut tout ; et moi, je ris des cris d’effroi
Que poussent les roseaux de l’Euphrate ou du Tigre
Quand le lézard brigand lutte avec l’oiseau tigre.
Ainsi, peuples, de loin, je savoure vos deuils.
Vous avez les berceaux, vivants ! J’ai les cercueils.
J’aspire le parfum des corps sans sépulture.
Ah ! pourquoi m’a-t-on pris ma part de la nature !
Vous m’avez arraché du sein qui m’échauffait,
Quand j’étais tout petit, moi qui n’avais rien fait !
Vous avez tué l’homme et laissé l’enfant vivre !
Soyez maudits ! Je hais. Ma propre horreur m’enivre.
Malheur à ce qui vit ! Malheur à ce qui luit !
Je suis le mal, je suis le deuil, je suis la nuit.
Malheur ! Pendant qu’au bois le loup étreint la louve,
Pendant que l’ours ému cherche l’ourse et la trouve,
Que la femme est à l’homme, et le nid à l’oiseau,
Que l’air féconde l’eau tremblante, le ruisseau
L’herbe, et que le ramier s’accouple à la colombe,
Moi l’eunuque, j’ai pris pour épouse une tombe !