Page:Hugo - La Fin de Satan, 1886.djvu/65

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Je n’ai plus que ma main lépreuse pour puiser
L’eau dans le creux du roc où l’air vient la verser,
De sorte qu’à présent je bois dans mon ulcère.
Seigneur ! Seigneur ! je suis dans le cachot misère.
La création voit ma face et dit : dehors !
La ville des vivants me repousse, et les morts
Ne veulent pas de moi, dégoût des catacombes.
Le ver des lèpres fait horreur au ver des tombes.
Dieu ! je ne suis pas mort et ne suis pas vivant.
Je suis l’ombre qui souffre, et les hommes trouvant
Que pour l’être qui pleure et qui rampe et se traîne,
C’était trop peu du chancre, ont ajouté la haine.
Leur foule, ô Dieu, qui rit et qui chante, en passant
Me lapide saignant, expirant, innocent ;
Ils vont marchant sur moi comme sur de la terre ;
Je n’ai pas une plaie où ne tombe une pierre.
Eh bien ! je suis content, Dieu, si je souffre seul !
Eh bien ! je tire à moi tous les plis du linceul
Pour qu’il n’en flotte rien sur la tête des autres !
Eh bien ! je ne sais pas quelles lois sont les vôtres,
Mais, dans mon anathème et mon accablement,
Je le dis, puisse, ô Dieu du profond firmament,
Du fond de ma nuit noire, en ce monde où nous sommes,
Mon malheur rayonner en bonheur sur les hommes !
Qu’ils vivent dans la joie et l’oubli, jamais las !
Ce qu’il vous doit, ô Dieu, l’homme l’ignore hélas !
Oh ! que je sois celui qui pleure et qui rachète !
Laissez-moi vous payer leur rançon en cachette,