Page:Hugo - La Fin de Satan, 1886.djvu/66

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Dieu bon, par qui Noë connut le raisin mûr !
Femmes qui, si ma tête ose passer mon mur,
Si je tâche en passant de voir votre lumière,
Frémissantes, crachez sur ma pauvre chaumière,
Et qui vous enfuyez avec des cris d’effroi,
Que Dieu vous donne, hélas ! L’amour qu’il m’ôte à moi !
Je vous bénis. Chantez dans cette vie amère.
Petit enfant qui tiens la robe de ta mère,
Et qui, si tu me vois songeant sous l’infini,
Dis : Mère, quel est donc ce monstre ? sois béni.
Vous hommes, qui riez des pleurs de mes paupières,
O mes frères lointains qui me jetez des pierres,
Soyez bénis ! bénis sur terre et dans les cieux !
Pères, dans vos enfants, et, fils, dans vos aïeux !
Car, puisque l’eau veut bien que ma lèvre la touche,
La bénédiction doit sortir de ma bouche,
Puisque mon bras peut prendre un fruit dans le chemin,
La bénédiction doit tomber de ma main,
Et, Ciel, puisque mon œil voit ta face éternelle,
La bénédiction doit emplir ma prunelle !
Oui, j’ai le droit d’aimer ! J’ai le droit de pencher
Mon cœur sur l’homme, l’arbre et l’onde et le rocher ;
J’ai le droit de sacrer la terre vénérable
Etant le plus abject et le plus misérable !
Je dois bénir le plus étant le plus maudit.
Donc, terre, monts sacrés dont Adam descendit,
Fleuves, je vous bénis, et je vous bénis, plaines ;
Vous tous, êtres ! oiseaux, moutons aux blondes laines,