Page:Hugo - La Fin de Satan, 1886.djvu/67

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Fourmis des bois, pasteurs dans vos tentes de crin,
Toi, mer, qui resplendis comme un liquide airain,
Bêtes qui ressemblez à des branches horribles,
Fleurs dont les parfums sont des rayons invisibles,
Ciel qui nous dis tout bas dans l’ombre : je suis près ;
Nocturnes profondeurs des muettes forêts,
Sources qui répandez vos murmures dans l’herbe,
Joncs frémissants qu’émeut le souffle, né du verbe,
Bœuf qui mugis, lion qui vas, chevreau qui pais,
Soyez dans la lumière et soyez dans la paix !
Moi je dois me cacher, l’homme n’est pas mon hôte ;
J’ai la nuit. Pourquoi suis-je horrible ? C’est ma faute.
Pardonnez-moi ! pardon, ô femme ! pardon, fleur !
Pardon, jour ! — entrouvrant ses lèvres de douleur,
Mon ulcère, ô vivants, tâche de vous sourire.
Oui, vous avez bien fait, frères, de me proscrire
Puisque je souffrais tant que je vous faisais peur.
C’est de l’amour qui sort quand vous broyez mon cœur.
Le lépreux y consent, vivez, homme et nature !
Dans le ciel radieux je jette ma torture,
Ma nuit, ma soif, ma fièvre et mes os chassieux,
Et le pus de ma plaie et les pleurs de mes yeux,
Je les sème au sillon des splendeurs infinies,
Et sortez de mes maux, biens, vertus, harmonies !
Répands-toi sur la vie et la création,
Sur l’homme et sur l’enfant, lèpre ! et deviens rayon !
Sur mes frères que l’ombre aveugle de ses voiles,
Pustules, ouvrez-vous et semez les étoiles !